Une amende au lieu de l’éducation : comment la pression sur les familles a été renforcée au Turkménistan sous couvert de « protection de l’enfance »
À partir du 1er mai, des modifications au Code des infractions administratives sont entrées en vigueur au Turkménistan, provoquant déjà une vague d’incompréhension et d’indignation latente parmi les citoyens. Sous prétexte de « renforcer la responsabilité pour l’éducation des enfants », les autorités ont en fait transféré le fardeau des problèmes sociaux sur les parents, tout en continuant elles-mêmes à éviter de résoudre les questions systémiques, a rapporté turkmen.news. Selon le Code des infractions administratives mis à jour, signé par le président Serdar Berdimuhamedov, les amendes pour les parents pour les fautes de leurs enfants sont devenues plus sévères et plus variées. Désormais, pour un adolescent qui fume, la famille peut payer jusqu’à 200 manats ; pour la possession de pièces pyrotechniques, jusqu’à 500 ; et pour une infraction au code de la route, l’amende est passée à 50 manats. La suppression des avertissements attire une attention particulière : alors qu’auparavant, pour certaines infractions, on pouvait s’en tirer avec une discussion préventive, une amende pécuniaire est désormais prévue dans presque tous les cas. Formellement, cela est présenté comme un souci de discipline et d’avenir pour la jeunesse. Mais en pratique, c’est un moyen de pression supplémentaire sur la population qui est déjà confrontée à des difficultés économiques.
L’« arbitraire » local
La situation dans les régions semble encore plus alarmante. Selon des sources dans le vélayat de Lebap, les écoles ont commencé à introduire leurs propres « règles », dépassant largement le cadre de la loi. Les parents seraient sur le point d’être condamnés à une amende pour le retard d’un enfant à un cours (100 manats), et pour un smartphone ou des écouteurs jusqu’à 1000 manats. Ces mesures n’ont non seulement aucune base juridique claire, mais créent également un terrain favorable à la corruption. Les enseignants et l’administration obtiennent un levier de pression : au lieu d’une amende officielle, on peut « s’arranger » sur place pour une somme moindre. Même les pédagogues eux-mêmes l’admettent : de telles initiatives ressemblent soit à un moyen d’intimidation, soit à un mécanisme informel de collecte d’argent.
Le nouveau système d’amendes soulève également des questions du point de vue de la logique. Par exemple, la sanction pour le tabagisme s’avère plus stricte que pour l’utilisation de certains médicaments sans ordonnance médicale. Et si l’on tient compte des « initiatives » des écoles, l’utilisation d’un smartphone se transforme en l’une des « infractions » les plus graves. On a le sentiment que l’État ne lutte pas contre les problèmes réels des adolescents, mais contre leurs manifestations extérieures, et ce par les moyens les plus pratiques pour le contrôle.
L’État se dégage de sa responsabilité
Le problème principal de ces innovations réside dans leur essence. En renforçant la responsabilité des parents, les autorités admettent de fait qu’elles n’ont pas l’intention d’investir dans la jeunesse. Le pays souffre toujours d’un manque aigu de cercles et de sections gratuits, d’espaces publics modernes, d’une éducation de qualité et d’un soutien psychologique. Les adolescents sont laissés seuls face à leurs problèmes : que ce soit l’ennui, le manque de perspectives ou la pression de la société. De nombreuses familles au Turkménistan vivent dans des conditions de chômage et de faibles revenus. Les parents sont souvent contraints de penser à la survie plutôt qu’à une « éducation idéale ».
Dans ces conditions, les amendes ne deviennent pas un outil d’éducation, mais un coup financier supplémentaire. Parallèlement, l’État ne propose aucun programme de soutien, ni pour les parents, ni pour les enfants. Les autorités tentent de créer un semblant de contrôle et de discipline, mais il s’agit essentiellement d’une substitution de concepts. Une véritable éducation exige un travail systémique : éducation, dialogue et confiance. Il est impossible d’y parvenir par des amendes. De plus, de telles mesures peuvent mener à l’effet inverse : une croissance de la méfiance, une protestation cachée et une aliénation encore plus grande de la jeunesse.
Les nouveaux amendements au Code des infractions administratives du Turkménistan ne sont pas tant une lutte contre les problèmes des adolescents qu’un énième exemple de la manière dont l’État rejette la responsabilité sur les citoyens. Au lieu de créer des conditions pour le développement de la jeunesse, les autorités choisissent la voie la plus simple : punir. Mais à long terme, une telle politique ne mènera probablement à rien d’autre qu’au renforcement des tensions sociales et à l’approfondissement de la crise de confiance entre la société et l’État.
