La rencontre avec l’AIEA comme outil de légitimation du pouvoir au Turkménistan

À Achgabat, une rencontre a eu lieu entre Gurbanguly Berdimuhamedov et la direction de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Les négociations se sont déroulées dans le cadre d’une visite officielle des représentants de l’agence, initiée dans le contexte du développement de la coopération du Turkménistan avec les structures internationales dans le domaine de l’utilisation pacifique de l’énergie atomique. Formellement, il était question d’interaction technique, d’échange d’expérience et de projets potentiels dans les domaines de l’énergie, de la médecine et de la science. Cependant, le format même de la rencontre a soulevé des questions. Bien que Serdar Berdimuhamedov soit le président du Turkménistan depuis 2022, c’est son père, Gurbanguly Berdimuhamedov, qui a agi en tant que négociateur clé. Ce n’est pas un cas isolé : une pratique similaire est observée depuis le transfert du pouvoir et indique le maintien d’un contrôle de fait sur l’État entre les mains de l’ancien dirigeant.

Depuis le moment de la transition formelle du pouvoir au Turkménistan, un modèle a été construit dans lequel le système politique maintient une continuité non seulement institutionnelle mais aussi personnelle. Gurbanguly Berdimuhamedov, occupant le poste de président du Halk Maslakhaty, continue de jouer un rôle déterminant dans la prise de décisions stratégiques. Dans ce contexte, sa participation à des rencontres avec des organisations internationales acquiert une signification particulière — c’est une démonstration de qui représente réellement le pays sur la scène de la politique étrangère. La visite de la délégation de l’AIEA et la rencontre qui a suivi ne sont pas nées spontanément. Elles font partie d’une politique cohérente d’Achgabat visant à élargir les contacts internationaux ces dernières années. Le Turkménistan cherche à se positionner comme un État ouvert à la coopération, en particulier dans les domaines qui ne sont pas directement liés aux réformes politiques. L’énergie atomique est pratique en ce sens : elle permet de parler de développement, de technologies et de modernisation sans toucher aux questions sensibles de la politique intérieure. Néanmoins, une analyse du contenu et du contexte de la rencontre montre que sa signification dépasse largement le cadre de l’ordre du jour annoncé.

Le Turkménistan ne montre aucun signe de développement d’un programme nucléaire militaire, et l’interaction avec l’AIEA est limitée aux directions pacifiques et techniques. De plus, le pays ne figure pas parmi les États problématiques du point de vue du contrôle nucléaire international. Cela signifie que la thématique atomique en soi n’explique pas le haut niveau de représentation et l’accent politique de la rencontre. La clé pour comprendre ce qui se passe réside dans la sphère de la politique intérieure. Pour les régimes autoritaires, les contacts internationaux sont un outil important de légitimation. Les rencontres avec les représentants d’organisations telles que l’AIEA permettent de façonner l’image d’un dirigeant reconnu, de renforcer les positions à l’intérieur du pays et de démontrer un soutien extérieur, même s’il est formel. Dans le cas du Turkménistan, cet effet est amplifié par le facteur personnel. La participation de Gurbanguly Berdimuhamedov aux négociations avec les structures internationales n’est pas simplement un geste diplomatique. C’est un signal à plusieurs niveaux à la fois. À l’intérieur du pays, il s’adresse aux élites et à la société : le pouvoir réel n’a pas changé, et les décisions clés restent aux mains de l’ancien dirigeant. Un signal différent est envoyé au monde extérieur : malgré le changement formel de président, l’interaction doit être établie avec les mêmes figures.

Une telle pratique a également des conséquences plus larges. Elle contribue à la consolidation d’un modèle de pouvoir héréditaire dans lequel les institutions étatiques jouent un rôle secondaire par rapport au contrôle personnel. Dans ce processus, les organisations internationales, agissant dans le cadre de leurs mandats, deviennent de fait des participants à ce processus, même si c’est indirectement. L’effet de « normalisation » crée un problème particulier. Les rencontres de haut niveau, les déclarations officielles et les projets conjoints façonnent l’image d’une interaction diplomatique standard. Sur ce fond, les questions systémiques restent dans l’ombre : l’absence de compétition politique, les restrictions des libertés civiles, la pression sur les sources d’information indépendantes et la concentration du pouvoir dans un cercle restreint. Les critiques notent que de tels contacts, même s’ils sont de nature technique, sont inévitablement utilisés par les autorités à des fins de propagande. À l’intérieur du pays, ils sont présentés comme une confirmation de la reconnaissance internationale et du succès de la ligne politique, tandis que le contenu réel de la coopération passe souvent au second plan. Ainsi, la rencontre avec l’AIEA à Achgabat n’est pas tant un événement dans le domaine de la politique atomique qu’un élément d’une stratégie plus large de renforcement du pouvoir.

Elle démontre la stabilité du système existant, souligne le rôle d’un dirigeant politique spécifique et contribue à la légitimation d’un modèle de gouvernance fondé sur la continuité au sein d’une même famille. Tant que les contacts internationaux de ce genre seront perçus exclusivement comme une coopération technique, ils continueront de remplir une fonction politique. Dans les conditions du Turkménistan, cela signifie non seulement un dialogue diplomatique, mais un mécanisme de maintien et de renforcement du pouvoir en place.