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Un centre de déportation en Turquie n’a pas pu fournir au bureau du procureur les enregistrements des caméras dans l’affaire de la disparition de blogueurs turkmènes

Un nouveau tournant inquiétant est apparu dans l’affaire de la mystérieuse disparition des blogueurs turkmènes Alisher Sakhatov et Abdulla Orusov, qui suscite l’inquiétude des défenseurs des droits de l’homme et des organisations internationales depuis près d’un an. Le centre de déportation de la ville turque d’Edirne, où les militants ont été détenus pendant plusieurs mois, n’a pas pu fournir au bureau du procureur les enregistrements des caméras de vidéosurveillance pour la date clé de leur disparition. Comme l’a rapporté la Fondation Helsinki turkmène pour les droits de l’homme (THF), la direction locale des migrations, en réponse à une demande du bureau du procureur d’Edirne, a déclaré que les enregistrements du 24 juillet 2025 — jour où s’est terminée la détention administrative des étrangers, y compris Sakhatov et Orusov — ne sont pas disponibles. Le document officiel précise que le système de stockage des enregistrements vidéo du centre n’est conçu que pour six mois. Ainsi, au moment de la demande du procureur, l’accès aux archives s’est avéré perdu. Cette réponse a été donnée après que le bureau du procureur a envoyé une demande officielle exigeant la fourniture urgente des documents vidéo dans le cadre d’une enquête sur un possible crime contre des agents de l’État. Les enregistrements des caméras auraient pu éclairer les dernières heures des blogueurs dans l’établissement et aider à établir ce qui s’est exactement passé le jour de leur disparition.

Le défenseur turkmène des droits de l’homme Annadurdy Hadzhiev estime que l’absence d’enregistrements vidéo ne fait que renforcer les soupçons d’une éventuelle tentative de dissimulation de la vérité. Selon lui, dès les premiers jours suivant la disparition des blogueurs, les actions de l’administration du centre paraissaient étranges. En particulier, Sakhatov avait prévenu ses proches à l’avance que la communication serait coupée, prétendument en raison de travaux de réparation. Parallèlement, selon les proches, leurs comptes téléphoniques avaient été rechargés et il avait l’intention de prendre contact immédiatement après sa libération. De plus, le directeur du centre est parti en vacances presque immédiatement après la disparition des blogueurs, ce qui a entravé l’accès rapide des avocats aux enregistrements vidéo. Selon Hadzhiev, malgré la présence d’un adjoint, les enregistrements n’ont pas été fournis « à chaud ». De même, les avocats ont été envoyés à plusieurs reprises dans la ville de Sinop où, comme il s’est avéré plus tard, les blogueurs ne sont jamais apparus. Toutes ces circonstances, selon les défenseurs des droits de l’homme, pourraient témoigner d’une volonté délibérée d’induire en erreur.

Décisions de justice et disparition

Alisher Sakhatov et Abdulla Orusov, qui résidaient en Turquie et critiquaient activement les autorités du Turkménistan via les réseaux sociaux, ont été arrêtés en avril 2025. Ils sont restés dans le centre de déportation pendant près de trois mois. En juin, le tribunal de la ville turque de Samsun a ordonné leur expulsion, mais la défense a fait appel de la décision. Dès le 14 juillet, la Cour constitutionnelle de Turquie a pris la décision de suspendre l’expulsion. Néanmoins, dès le 24 juillet, le contact avec les blogueurs a été rompu. Depuis lors, le lieu où ils se trouvent reste inconnu. La situation a provoqué une large résonance. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme, dont Human Rights Watch, ont déclaré qu’une éventuelle déportation des blogueurs vers le Turkménistan serait une grave violation des obligations internationales de la Turquie, compte tenu du risque de torture et de persécution. La Fondation Helsinki turkmène a déposé une plainte auprès du Comité des Nations Unies contre les disparitions forcées, laquelle a été acceptée pour examen. Le député du parlement turc Omer Faruk Gergerlioglu a soulevé cette question à plusieurs reprises, exigeant des explications de la part des autorités. Il a également demandé des informations sur la manière dont la décision de la Cour constitutionnelle a été exécutée et si une enquête complète a été ouverte.

L’épouse d’Alisher Sakhatov, Gulale Khasanova, a parlé à son mari pour la dernière fois le 24 juillet 2025. Depuis lors, selon elle, elle n’a reçu aucune information officielle sur son sort, malgré de multiples démarches auprès des autorités turques. Les appels de la famille vers le Turkménistan sont également restés sans réponse. Le père de Sakhatov a envoyé des demandes aux plus hautes instances de l’État, y compris au président du pays, mais aucune réaction n’a suivi. Le cas de Sakhatov et d’Orusov n’est pas unique. Selon les défenseurs des droits de l’homme, depuis 2023, plusieurs militants turkmènes ayant critiqué les autorités ont été renvoyés de force dans leur patrie depuis la Turquie et la Russie. Le sort de beaucoup d’entre eux reste inconnu. L’absence d’enregistrements vidéo clés complique sérieusement l’enquête et sape la confiance envers la version officielle des événements. Les défenseurs des droits de l’homme insistent sur la nécessité d’un contrôle international et d’une enquête transparente. La question du sort d’Alisher Sakhatov et d’Abdulla Orusov reste ouverte et, à chaque nouveau fait, suscite de plus en plus de questions auxquelles il n’y a pour l’instant pas de réponses.