«Où sont-ils ? » : un député turc a manifesté devant l’ambassade du Turkménistan…

« Où sont-ils ? » : un député turc a manifesté devant l’ambassade du Turkménistan et a rappelé le cas des blogueurs disparus

À l’occasion de l’anniversaire de l’arrestation des blogueurs turkmènes Alisher Sakhatov et Abdulla Orusov, le parlementaire turc et défenseur des droits de l’homme Omer Faruk Gergerlioglu a organisé un piquet de grève devant l’ambassade du Turkménistan à Ankara. Avec des photographies des militants disparus, il a posé la question à laquelle personne ne répond depuis près d’un an : où sont ces personnes ? L’action a eu lieu le 28 avril — exactement un an après l’arrestation de Sakhatov et d’Orusov en Turquie. Malgré les décisions des tribunaux, les appels des avocats et la pression internationale, le sort des blogueurs reste inconnu.

Gergerlioglu s’est adressé non seulement aux diplomates turkmènes, mais aussi aux autorités turques, ainsi qu’à la communauté internationale. Selon lui, il avait précédemment envoyé des requêtes officielles au ministère de l’Intérieur et au ministère de la Justice de la Turquie, mais n’a jamais reçu de réponse.

« Où sont Alisher Sakhatov et Abdulla Orusov ? » — cette question, qui a résonné aux murs de l’ambassade, s’adresse aujourd’hui non seulement à Ankara, mais aussi à Achgabat.

L’histoire de la disparition

Sakhatov et Orusov ont été arrêtés le 28 avril 2025 à Sinop, en Turquie, malgré l’absence d’obstacles à leur résidence légale. Ils ont été transférés d’abord à Ankara, puis dans un centre d’expulsion à Edirne. Les blogueurs ont demandé une protection internationale, mais ont essuyé un refus et ont fait appel de la décision. La Cour constitutionnelle de la Turquie a reconnu la violation de leurs droits et a ordonné leur libération le 24 juillet 2025. Mais ils ne sont jamais rentrés chez eux, le contact avec eux a été rompu le jour même. Plus tard, on a appris que le centre d’expulsion avait refusé de fournir les enregistrements vidéo des caméras de surveillance, puis avait déclaré que les enregistrements n’avaient soi-disant « pas été conservés ». Selon des sources, les blogueurs pourraient avoir été emmenés secrètement au Turkménistan, cependant, il n’y a aucune confirmation officielle — ni aucune information sur leur sort ultérieur.

Le cas de Sakhatov et Orusov ressemble de moins en moins à un cas isolé. Au contraire, il s’inscrit dans une pratique constante des autorités turkmènes : au lieu de dialoguer avec les critiques — leur élimination. Ces dernières années, les disparitions, les arrestations et les retours forcés sont devenus de fait la norme pour ceux qui parlent ouvertement des problèmes du pays. De plus, il ne s’agit pas seulement de militants politiques, mais aussi de blogueurs, de personnes ordinaires, de journalistes. Il suffit de se rappeler :

  • la disparition du blogueur Didar Amansakhatov, dont la tombe a été retrouvée plus tard par des journalistes

  • la mort de Nurmyrat Halmyradov après des actes de torture

  • l’extradition de Maral Annaeva, qui avait fui les violences

  • les pressions et menaces à l’encontre de militants à l’étranger

Cette liste continue de s’allonger. On a le sentiment d’un pouvoir qui a peur des mots. Après tout, le Turkménistan moderne démontre un modèle de gouvernance de plus en plus rigide, dans lequel toute critique est perçue comme une menace. Mais au lieu de répondre aux questions des citoyens, les autorités choisissent une autre voie : les faire taire. Et de plus en plus souvent, de manière très littérale. Les disparitions de personnes critiquant les autorités ne deviennent pas une exception, mais une pratique habituelle. Ce n’est plus seulement de la pression, c’est un mécanisme systémique d’intimidation. Au lieu d’écouter la société, de discuter des problèmes et de changer, l’État « ferme pratiquement la bouche » à ses opposants, les retirant de l’espace public.

Silence international et risques

Gergerlioglu a également rappelé que le cas de Sakhatov et Orusov avait été soumis aux structures internationales, y compris les mécanismes de travail de l’ONU. Cependant, la Turquie, selon lui, n’a pas fourni de réponses exhaustives. Si les informations sur l’extradition forcée se confirment, cela signifiera une violation grave du droit international et, peut-être, une menace directe pour la vie des blogueurs.

Un an s’est écoulé. Il n’y a pas d’explications officielles, ni de résultats d’enquête, ni même de confirmation que Sakhatov et Orusov soient en vie. Et la question principale reste la même :

si l’État est incapable de protéger ses citoyens et répond aux critiques par des disparitions de personnes, qu’est-ce que cela dit du système lui-même ? Il n’y a pas encore de réponse. Mais à chaque cas de ce genre, elle devient de plus en plus évidente.