Le nom de Rachid Meredov est étroitement lié à la politique étrangère du Turkménistan depuis plus de deux décennies. Depuis 2001, il occupe le poste de ministre des Affaires étrangères et est simultanément vice-président du Cabinet des ministres. Ainsi, Meredov est l’un des chefs de diplomatie les plus anciens au monde. Au cours de sa carrière, il a participé à la formation des principes clés de la diplomatie turkmène, y compris la politique dite de « neutralité permanente », que les autorités considèrent comme le fondement de la stratégie internationale du pays. C’est Meredov qui représente régulièrement le pays sur la scène internationale, notamment lors des sessions de l’ONU, des sommets régionaux et des négociations avec des États étrangers. Les sources officielles le décrivent comme l’architecte de la diplomatie turkmène et le principal exécutant de la ligne de politique étrangère de l’État. Cependant, ces dernières années, un nombre croissant d’organisations de défense des droits de l’homme, de journalistes indépendants et de représentants de la diaspora turkmène se demandent si le système diplomatique représenté par Meredov sert réellement les intérêts des citoyens du Turkménistan.
Le problème des passeports et pas seulement pour les citoyens turkmènes à l’étranger
L’un des problèmes les plus aigus reste la situation des passeports des citoyens turkmènes résidant à l’étranger. Selon les organisations de défense des droits de l’homme et les médias indépendants, des milliers de citoyens turkmènes à l’étranger (en particulier en Turquie, en Russie et dans les pays européens) ne parviennent pas à obtenir un nouveau passeport auprès des représentations diplomatiques de leur pays depuis des années. Sans passeport valide, une personne se retrouve de fait dans une position extrêmement vulnérable. Elle ne peut pas travailler légalement, obtenir des documents de résidence, recevoir des soins médicaux, circuler librement ou ouvrir des comptes bancaires. En fait, la personne est placée hors du champ juridique. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme, dont Human Rights Watch, ont souligné à plusieurs reprises les conséquences graves d’une telle politique pour les citoyens turkmènes. Pourtant, la législation du Turkménistan elle-même prévoit la possibilité d’établir et de renouveler les passeports via les institutions consulaires à l’étranger. En pratique, de nombreux citoyens font face à de longs délais, des refus ou l’impossibilité d’obtenir de nouveaux documents.
Le Turkménistan est critiqué depuis de nombreuses années par les organisations internationales pour ses restrictions à la liberté de mouvement. Selon des sources indépendantes, le pays applique un système d’interdictions administratives de sortie, ainsi que des « listes noires » où peuvent figurer des journalistes, des militants, des fonctionnaires et des citoyens sous contrôle informel des autorités. De telles restrictions, comme le notent les défenseurs des droits de l’homme, contreviennent aux normes internationales inscrites dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Turkménistan est signataire. Ces dernières années, les organisations de défense des droits de l’homme signalent de plus en plus de cas de pression sur les militants turkmènes vivant à l’étranger. Selon les structures internationales et les enquêtes journalistiques indépendantes, ces pratiques peuvent inclure : la surveillance de membres de la diaspora, des tentatives d’intimidation, des menaces contre des blogueurs et journalistes d’opposition, ainsi que des pressions sur les proches des militants restés au Turkménistan. Certains représentants de la diaspora affirment que certains employés des missions diplomatiques turkmènes pourraient avoir des liens avec les services de sécurité. Selon eux, les missions diplomatiques remplissent parfois des fonctions de surveillance de l’activité politique des citoyens à l’étranger. De telles affirmations nécessitent une vérification indépendante et une enquête internationale. Néanmoins, ces accusations apparaissent périodiquement dans les rapports des organisations étudiant la situation des droits de l’homme au Turkménistan.
Symbolisme politique et signaux internationaux
L’attention des observateurs est également attirée par certains gestes diplomatiques des autorités turkmènes. Ainsi, ces dernières années, la visite de Rachid Meredov à l’ambassade d’Iran, où il a exprimé ses condoléances à l’occasion de l’anniversaire de la mort de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, a suscité des discussions. Pour les autorités iraniennes, Khomeini est le fondateur de la République islamique. Cependant, de nombreux défenseurs des droits de l’homme et historiens lient son règne à des répressions massives, des exécutions politiques et à la suppression des libertés civiles. De tels actes diplomatiques provoquent parfois des débats sur les orientations de la politique étrangère turkmène et sur les signaux politiques qu’elle envoie à la communauté internationale. Des informations sur d’éventuels actifs à l’étranger liés à la famille de Rachid Meredov sont également discutées périodiquement au sein de la diaspora. Selon certaines sources, des biens immobiliers et des investissements pourraient se trouver, notamment, à Dubaï et à Kazan. Il est rapporté qu’une partie des actifs pourrait être enregistrée au nom de proches, y compris les filles du ministre, qui utilisent les noms de famille de leurs maris. Ces informations nécessitent une enquête financière indépendante et une confirmation documentaire. À ce jour, il n’y a aucun commentaire officiel sur cette question.
Certaines sources dans les cercles politiques et experts suggèrent également qu’en cas de changements politiques majeurs au Turkménistan, un certain nombre de hauts fonctionnaires pourraient envisager de s’installer à l’étranger. En particulier, des suppositions sur d’éventuels liens de Rachid Meredov avec la Russie sont périodiquement formulées. Cependant, ces informations restent au stade de rapports non confirmés.
Pourquoi ce sujet devient-il international ?
Ces dernières années, les appels à la communauté internationale pour qu’elle prête attention à la situation des droits des citoyens turkmènes sont de plus en plus fréquents. Les militants et les organisations de défense des droits de l’homme proposent d’utiliser les mécanismes internationaux de responsabilité existants. En particulier, la possibilité d’appliquer le régime de sanctions de l’Union européenne (EU Global Human Rights Sanctions Regime) est discutée. Ce mécanisme prévoit des mesures contre les fonctionnaires impliqués dans de graves violations des droits de l’homme. Parmi les outils possibles : interdiction d’entrée dans les pays de l’UE, gel des avoirs, restrictions financières. Des sanctions similaires ont déjà été appliquées par l’Union européenne à l’encontre de représentants des autorités d’autres États.
Aujourd’hui, Rachid Meredov reste l’une des figures clés du système politique du Turkménistan et l’un des diplomates les plus influents du pays. Cependant, face à l’attention croissante portée aux questions de droits de l’homme, une question fondamentale est posée de plus en plus souvent : la diplomatie doit-elle servir uniquement les intérêts de l’État ou avant tout protéger les droits de ses citoyens ? La réponse à cette question déterminera en grande partie comment la communauté internationale évaluera le rôle de la diplomatie turkmène et de ses dirigeants dans les années à venir.
