Les prix grimpent, le marché s’agite et le pouvoir impose des restrictions

Les prix grimpent, le marché s’agite et le pouvoir impose des restrictions : que se passe-t-il avec le carburant au Turkménistan

Le marché mondial du carburant traverse l’une de ses périodes les plus turbulentes de ces dernières années. Une forte hausse des prix du diesel et des autres produits pétroliers est enregistrée partout dans le monde, des États-Unis aux pays du Golfe Persique. La raison est évidente : l’intensification du conflit au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, l’une des routes clés pour l’approvisionnement en pétrole et en gaz. Les conséquences ne se sont pas fait attendre.

Aux Émirats arabes unis, le diesel a augmenté de près de 70 %, aux États-Unis de 50 %, atteignant un niveau de 1,3 à 1,4 dollar le litre. C’est une réaction en chaîne à l’échelle mondiale : la logistique est perturbée, l’offre se réduit, les prix augmentent. Dans ce contexte, le Turkménistan ressemble à un pays au « carburant artificiellement bon marché » — le prix officiel du diesel y reste aux alentours de 1 manat (environ 5 cents le litre), ce qui est des dizaines de fois inférieur aux niveaux mondiaux. Mais derrière cette « stabilité » se cache un problème systémique. Depuis le 1er avril, les autorités du Turkménistan ont instauré une restriction sévère : désormais, les voitures sortant du pays ne peuvent pas avoir plus de 300 litres de carburant diesel dans leur réservoir. Pour chaque litre au-delà de la norme, les conducteurs devront payer un supplément de 20 manats (environ 1 dollar). Le président Serdar Berdimuhamedov a signé le décret correspondant n° 1768. Le contrôle de l’exécution est confié aux services des douanes et des frontières, conjointement avec les structures pétrolières d’État. En pratique, cela signifie un contrôle total :

aux points de douane, des spécialistes mesureront le volume de carburant dans chaque véhicule, enregistreront les données dans des systèmes électroniques et les doubleront même dans des registres papier. L’objectif officiel est de lutter contre l’exportation de carburant bon marché à l’étranger. Et en effet, avec une telle différence de prix, la revente de diesel devient une activité extrêmement lucrative. Cependant, le problème est bien plus profond. À l’intérieur du pays, une pénurie de carburant est observée depuis longtemps. Les conducteurs sont confrontés à des restrictions dans les stations-service, où on leur délivre moins de carburant que nécessaire, et des suppléments non officiels atteignant jusqu’à 200 % du prix fixé sont exigés pour les « litres supplémentaires ». En d’autres termes, le marché fonctionne déjà selon des règles occultes : l’argent ne va tout simplement pas dans le budget, mais dans les poches des intermédiaires. Au lieu d’une réforme systémique, les autorités choisissent des interdictions administratives. Parallèlement, le contexte mondial ne fait qu’accentuer la pression. Plus les prix sont élevés en dehors du Turkménistan, plus l’incitation à exporter illégalement du carburant est forte. La limite de 300 litres est une réaction aux conséquences, et non une solution à la cause. Les pays voisins, comme le Kazakhstan et la Russie, imposent également des restrictions, allant jusqu’à l’interdiction totale des exportations de carburant. Mais là-bas, ces mesures s’accompagnent d’une politique de prix plus transparente et de tentatives de stabilisation du marché. Au Turkménistan, le paradoxe persiste :

d’un côté, des prix parmi les plus bas au monde, de l’autre — pénurie, corruption et maintenant un contrôle encore plus strict.

La question reste ouverte :
pourquoi, avec des ressources colossales, le pays ne parvient-il pas à mettre en place un système de distribution de carburant transparent et efficace ? Tant que le pouvoir continuera à lutter contre les conséquences en ignorant les causes, le marché répondra de la même manière : par des pénuries, des circuits gris et une tension croissante au sein de la population.