Le tourisme en paroles et l’isolement en actes : pourquoi le Turkménistan se prépare à nouveau à un forum sans touristes
Le Turkménistan se prépare pour le forum international du tourisme « Turkmen Travel », qui se tiendra à Achgabat du 14 au 16 avril. À la veille de l’événement, le président Serdar Berdimuhamedov a de nouveau souligné « l’importance » et le « potentiel » de l’industrie touristique, donnant pour instruction de représenter dignement le pays sur la scène internationale, a rapporté Turkmen.News. Cependant, derrière les déclarations ronflantes sur le développement du tourisme se cache un paradoxe évident : malgré des investissements massifs dans les infrastructures et les projets d’image, le flux réel de touristes étrangers dans le pays reste extrêmement faible.
Une vitrine existe, mais pas de touristes Au fil des années d’indépendance, le Turkménistan a investi des fonds considérables dans la création d’infrastructures touristiques : des hôtels de luxe ont été construits à Achgabat et à Awaza, des aéroports modernes ont été érigés, des forums internationaux sont régulièrement organisés, et des livres sont publiés sur le riche patrimoine historique du pays. Mais les invités étrangers parviennent très rarement à voir tout cela de leurs propres yeux. Même avant la pandémie, en 2019, seuls 14 438 citoyens étrangers ont visité le Turkménistan. À titre de comparaison : l’Ouzbékistan voisin a accueilli en 2025 plus de 10 millions de touristes, le Kazakhstan — 15,7 millions, le Kirghizistan — environ 10 millions, et le Tadjikistan — 1,8 million. Même en tenant compte de l’intérêt croissant pour l’Asie centrale, le Turkménistan continue de rester à la périphérie des flux touristiques. Pourtant, le potentiel du pays est évident. Les acteurs du marché touristique notent que la demande de voyages au Turkménistan augmente. Les circuits combinés en Asie centrale sont particulièrement populaires parmi les touristes des États-Unis, d’Europe, de Chine et d’autres régions. Selon les estimations des experts, dès 2024, l’intérêt pour de tels voyages a augmenté d’environ une fois et demie par rapport aux années précédentes. Cependant, l’obstacle majeur reste inchangé — un régime de visas très strict.
Contrairement à ses voisins, qui libéralisent activement l’entrée, le Turkménistan maintient un système complexe d’obtention de visas, comprenant des invitations obligatoires et de longs délais d’approbation. Cela décourage non seulement les touristes, mais aussi les entreprises. Le problème des restrictions de visa dépasse largement le cadre du tourisme. Comme le montrent des documents obtenus par des sources indépendantes, même les représentants de grandes entreprises internationales font face à de sérieuses difficultés pour entrer dans le pays. Ainsi, des spécialistes de l’entreprise sud-coréenne Hyundai Engineering n’ont pas pu se rendre à temps au Turkménistan pour la restauration de l’usine de polymères de Kiyanly. Leurs visas n’ont été délivrés qu’après un appel direct de la direction de l’entreprise auprès de hauts fonctionnaires. Une situation analogue s’est produite avec le directeur général de la filiale turkmène de l’entreprise française Bouygues, qui a été contraint de demander personnellement la prolongation de son propre visa pour poursuivre les travaux sur un projet d’État.
De tels cas démontrent un problème systémique : l’État invite lui-même des partenaires étrangers, mais est incapable de leur assurer les conditions de base pour travailler. Face à ces faits, il devient évident que la raison principale de l’échec de la politique touristique ne réside pas dans un manque de ressources ou d’intérêt de la part des étrangers, mais dans une politique délibérée de restriction de l’accès au pays. Les États voisins ont depuis longtemps misé sur l’ouverture : régimes de visas simplifiés, visas électroniques, entrée sans visa pour des dizaines de pays. C’est précisément ce qui leur a permis de transformer le tourisme en l’une de leurs principales sources de revenus. Le Turkménistan, quant à lui, continue d’évoluer dans la direction opposée, bloquant de fait son propre potentiel. Dans ce contexte, l’organisation d’un énième forum sur le tourisme ressemble davantage à une imitation d’activité qu’à un pas réel vers le développement du secteur. Sans une révision de la politique des visas, une simplification des procédures d’entrée et l’abandon d’un contrôle excessif, tout discours sur le « potentiel touristique » reste une simple rhétorique.
La situation du tourisme n’est qu’un exemple spécifique d’un problème plus vaste. Un système bâti sur le contrôle total et la bureaucratie entre de plus en plus en contradiction avec les intérêts économiques du pays. Tandis que les autorités continuent de parler de développement, la réalité démontre le contraire : l’isolement, les barrières administratives et une gestion inefficace repoussent tant les touristes que les investisseurs. Dans ces conditions, une question légitime se pose : le pouvoir est-il prêt à renoncer à l’illusion du contrôle au profit d’un développement réel, ou le Turkménistan continuera-t-il d’organiser des forums pour un monde qui ne s’y rendra jamais ?
