Dans le contexte de la visite du président russe Vladimir Poutine à Achgabat, l’Ukraine a pris une décision diplomatique radicale, appelant les autorités turkmènes à remplir leurs obligations internationales et à arrêter le dirigeant russe sur la base d’un mandat de la Cour pénale internationale (CPI). Ce mandat d’arrêt a été émis en mars 2023 et concerne des allégations d’expulsion illégale d’enfants ukrainiens pendant la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Cette exigence souligne une fois de plus la position dure de l’Ukraine à l’égard de la Russie et de son président.
Le message est apparu sur le site Internet du ministère ukrainien des Affaires étrangères.
La visite de Poutine à Achgabat est prévue dans le cadre de sa participation au forum consacré au 300e anniversaire de la naissance du poète turkmène Magtymguly. Cependant, dans le contexte de cet événement culturel, des questions se posent sur le statut juridique du président russe et sur les actions possibles des pays signataires du Statut de Rome, sous les auspices duquel la CPI opère.
L’Ukraine souligne que le Turkménistan, malgré sa position neutre, doit agir conformément au droit international et arrêter Poutine, car cette exigence repose sur des normes juridiques universelles.
« L’Ukraine espère que les dirigeants du Turkménistan sont conscients que Poutine est un criminel de guerre contre lequel un mandat d’arrêt a été émis par la Cour pénale internationale pour le transfert forcé illégal d’enfants ukrainiens vers la Fédération de Russie. Poutine et ses acolytes sont responsables d’agressions contre l’Ukraine, de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de génocide, de meurtres, de tortures, de viols, de pillages, de bombardements d’infrastructures civiles et d’autres atrocités commises par les occupants russes sur le territoire ukrainien. Tous doivent être traduits en justice pour les crimes commis contre le peuple ukrainien », indique le communiqué.
Les autorités officielles russes, à leur tour, continuent de nier la validité de cette ordonnance, arguant que la Russie ne reconnaît pas la compétence de la CPI parce qu’elle n’est pas partie au Statut de Rome. Toutefois, cela crée un dilemme diplomatique pour le Turkménistan. D’une part, le pays entretient des liens économiques étroits avec la Russie et en dépend pour les questions commerciales et énergétiques. D’un autre côté, ignorer la demande de l’Ukraine pourrait nuire à l’image internationale du Turkménistan en tant que pays respectueux des principes du droit international et des normes humanitaires.
Impact sur les relations entre la Russie et le Turkménistan
La Russie considère depuis longtemps le Turkménistan comme un partenaire important en Asie centrale, et Achgabat entretient des liens économiques avec Moscou, notamment dans le domaine de l’approvisionnement en gaz et de la coopération dans d’autres secteurs. Il est important de noter que le Turkménistan adhère à une politique de neutralité, ce qui lui a permis d’éviter de s’impliquer dans des conflits internationaux majeurs, mais dans ce cas, cela pourrait devenir un test pour la diplomatie turkmène.
La neutralité du Turkménistan est remise en question, car il est important pour l’Ukraine que les normes internationales soient respectées par tous les pays, même ceux qui ne sont pas directement impliqués dans des conflits armés. Cet appel fait partie de la stratégie globale de l’Ukraine visant à isoler la Russie sur la scène internationale.
Les responsables ukrainiens et les organisations internationales de défense des droits de l’homme ont accusé à plusieurs reprises et avec raison la Russie de violer les droits de l’homme et les conventions internationales liées à la protection des civils pendant le conflit. Le mandat d’arrêt de la CPI constitue l’une des mesures les plus retentissantes de la politique internationale de ces dernières années, symbolisant l’intransigeance de la communauté mondiale à l’égard des actions de la Russie en Ukraine.
Pour le Kremlin, les voyages de Poutine à l’étranger sont devenus particulièrement tendus depuis l’émission du mandat d’arrêt de la CPI, car plusieurs pays pourraient exercer le droit de l’arrêter, jetant le doute sur son statut dans la politique internationale. Des défis similaires ont déjà été soulevés lors de sommets en Afrique du Sud et dans d’autres pays, ce qui témoigne d’une pression croissante sur Moscou.
L’Ukraine continue d’utiliser tous les mécanismes diplomatiques et juridiques disponibles pour dénoncer les abus commis par la Russie et faire pression sur ses dirigeants. Cet appel à arrêter Poutine lors de sa visite au Turkménistan fait partie de cette campagne.
Impact sur l’Asie centrale
Cette affaire rappelle également aux pays d’Asie centrale la nécessité de maintenir un équilibre entre les liens avec la Russie et le respect du droit international. Le Turkménistan, malgré ses politiques isolationnistes, fait face à une pression internationale croissante, qui s’intensifiera à mesure que le conflit en Ukraine s’intensifiera et que les sanctions contre la Russie s’accentueront.
Ce cas pourrait devenir un test décisif pour comprendre comment les pays de la région se comporteront face aux changements mondiaux et au renforcement des normes et obligations internationales. L’appel de l’Ukraine à arrêter Vladimir Poutine lors d’une visite au Turkménistan est l’un des exemples les plus clairs de la façon dont le droit international se heurte à la réalité des relations diplomatiques et de la politique de neutralité. Le Turkménistan se trouve dans une situation difficile où il devra choisir entre ses obligations internationales et ses relations avec la Russie, ce qui, à long terme, pourrait affecter son orientation politique.
Les autorités turkmènes se sont jusqu’à présent abstenues de commenter cette affaire, ce qui pourrait indiquer qu’Achgabat tente d’éviter un affrontement ouvert avec la Russie et les critiques de la communauté internationale.
