L’ambassadeur et l’escroquerie aux millions

L’ambassadeur et l’escroquerie aux millions : qui le pouvoir turkmène promeut-il vraiment ?

Au centre d’un nouveau scandale se trouve l’un des diplomates les plus expérimentés et influents du Turkménistan — l’ambassadeur en Allemagne, Berdymourad Redjepov. Selon les médias russes, il aurait investi environ 300 millions de roubles (environ 4 millions de dollars) dans une affaire douteuse liée à un système frauduleux bien connu. Cette histoire soulève non seulement des questions sur le diplomate lui-même, mais met aussi en lumière un problème plus profond : qui exactement le pouvoir turkmène promeut-il aux postes clés de l’État ?

Il s’agit de Marina Minina — une entrepreneuse connue en Russie pour ses stratagèmes visant à attirer des fonds d’investisseurs en promettant l’obtention de marchés publics. Selon les enquêtes, elle gagnait la confiance de personnes aisées, les convainquait d’investir dans des projets, après quoi l’argent disparaissait. Berdymourad Redjepov est devenu l’un de ces investisseurs. Selon l’enregistrement audio publié de sa conversation avec Minina, le diplomate et son entourage lui ont remis des centaines de millions de roubles, comptant sur les bénéfices de projets d’infrastructure. Cependant, il n’a reçu ni bénéfices, ni restitution des fonds investis. À en juger par le contenu de l’enregistrement, Redjepov a non seulement échoué à contrôler le mouvement des fonds, mais a également continué à faire confiance à une personne qui fuyait de fait toute comptabilité et toute obligation.

Un diplomate fort d’une expérience de plusieurs décennies Berdymourad Redjepov n’est pas une figure fortuite dans le système du pouvoir. Depuis plus de trois décennies, il occupe de hautes fonctions étatiques : il a été vice-ministre et vice-premier ministre, a dirigé des missions diplomatiques en Russie, en Italie et dans plusieurs pays européens, et occupe depuis 2020 le poste d’ambassadeur en Allemagne. De plus, il est lié par des liens de parenté à d’autres représentants influents de l’élite turkmène, ce qui renforce encore sa position dans le système du pouvoir. Formellement, ce sont précisément ces personnes qui devraient représenter le pays sur la scène internationale — expérimentées, influentes, dotées de relations étendues. Cependant, ce cas démontre le revers du système. Un diplomate de haut rang a non seulement été entraîné dans un montage financier douteux, mais a été, par essence, victime d’une escroquerie élémentaire. Cela remet en question ses qualités professionnelles, sa capacité à prendre des décisions réfléchies, ainsi que son niveau de responsabilité dans le poste qu’il occupe. Mais la question principale n’est même pas le fait de perdre des millions. Quelque chose d’autre est bien plus important — d’où un fonctionnaire d’État tient-il de tels fonds ? Cette question concerne directement la transparence des revenus des fonctionnaires turkmènes et l’absence de contrôle réel sur leurs activités.

La situation de Redjepov n’est pas une exception, mais le reflet d’une tendance générale. Depuis de nombreuses années, le pouvoir turkmène forme l’élite dirigeante non pas selon le principe du professionnalisme et de la responsabilité, mais selon le principe de la loyauté, des relations personnelles et de l’appartenance à un cercle restreint. En conséquence, des personnes proches du système sont nommées aux postes clés, il n’y a pas de vérification réelle des compétences, et les décisions sont prises sans contrôle public. C’est pourquoi, sur la scène internationale, le Turkménistan est de plus en plus représenté non pas par des professionnels indépendants, mais par les représentants d’une élite fermée pour qui la fonction publique devient un outil d’enrichissement personnel.

De tels cas, selon Mourad Kurbanov, sont une conséquence directe de la dégradation du système de gestion au Turkménistan. Il ne s’agit pas simplement de l’erreur d’un fonctionnaire. Il s’agit d’un modèle de pouvoir qui ne sait pas sélectionner des cadres professionnels, ne contrôle pas les actions de ses représentants et, par essence, se reproduit lui-même en nommant aux postes clés des personnes aux qualités similaires.

« Quand l’État confie sa représentation à des personnes incapables de distinguer un investissement d’une escroquerie — ce n’est plus un problème privé, mais une crise systémique », note Kurbanov.

À son avis, de telles nominations portent préjudice non seulement à l’économie, mais aussi à la réputation internationale du pays. L’histoire de Berdymourad Redjepov est un indicateur du fonctionnement actuel du système de pouvoir au Turkménistan. Il ne se contente pas de commettre des erreurs. Il crée les conditions dans lesquelles de telles erreurs deviennent inévitables. Et tant que les postes clés seront occupés par des personnes nommées selon le principe de la proximité avec le système plutôt que selon leurs qualités professionnelles, de tels scandales se répéteront, sapant la confiance tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.