100 ans du Turkménistan : l’histoire oubliée derrière la propagande politique

Cette année, le Turkménistan célèbre le 100e anniversaire de la fondation de la RSS turkmène, qui est devenue le premier État turkmène au sein de l’Union soviétique. Cette date pourrait devenir un moment historique important pour la nation, démontrant l’héritage de la lutte pour l’unité culturelle et politique du peuple turkmène. Cependant, au lieu d’une célébration sincère, l’événement est peint sur des tons de propagande visant à exalter l’élite dirigeante et à cultiver la loyauté envers l’État.

Contexte historique et création de la RSS turkmène

Le gouvernement soviétique a fondé la RSS turkmène en 1924, la séparant de la région transcaspienne, qui faisait auparavant partie de l’Empire russe. En 1925, la RSS turkmène est officiellement devenue partie intégrante de l’URSS lors du Congrès pan-turkmène des soviets à Achgabat. Cette période a été marquée par une politique active d’éradication de l’analphabétisme, la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’entreprises. Malgré les acquis qu’il a apportés, le système soviétique était à la fois répressif, imposant la collectivisation et procédant à des arrestations massives, ce qui a laissé une empreinte traumatisante sur le sort de la population.

Cependant, l’État moderne s’éloigne en fait d’une partie importante de ces faits historiques, qui pourraient souligner la nature à plusieurs niveaux de l’identité nationale. Au lieu de cela, à l’occasion du 100e anniversaire de l’indépendance, les efforts se concentrent sur la création d’une « image réussie » du pays, plutôt que sur une compréhension critique de son parcours historique et des réalités auxquelles la société turkmène est confrontée aujourd’hui.

Après l’effondrement de l’URSS en 1991, le Turkménistan a déclaré son indépendance, choisissant la voie de l’isolement et de l’autosuffisance, comme le prétend le gouvernement actuel. Cependant, après trois décennies d’indépendance, le pays s’est retrouvé dans une profonde crise économique, malgré de vastes réserves de gaz naturel et d’autres ressources. La plupart des revenus issus des exportations de ressources sont concentrés entre les mains de l’élite dirigeante, plutôt que d’être redistribués pour répondre aux besoins de la société. Les taux de chômage, les services de santé et la sécurité sociale restent en crise.

Les critiques de l’opposition notent qu’aucune réforme significative n’a été menée pour le 100e anniversaire et que les fonds publics ne sont pas dépensés pour le développement social, mais pour des événements pompeux qui cultivent le culte de la personnalité du président et l’idée illusoire d’un état prospère.

Chaque année, la propagande gouvernementale s’intensifie, limitant l’accès des citoyens à une information indépendante. Les systèmes de contrôle des médias et les lois strictes répriment la moindre expression d’opposition et de critique publique. En conséquence, la société turkmène s’est retrouvée dans un espace d’information fermé, où le gouvernement manipule l’histoire et crée une image d’État progressiste et stable pour le monde extérieur.

Ainsi, le centenaire de l’État est mis à profit par les autorités pour renforcer le régime autoritaire. Les ressources économiques sont dirigées vers des projets phares et des monuments grandioses dans la capitale, tandis que les régions continuent de souffrir de pénuries de biens et services de base. L’héritage historique du Turkménistan, ses premiers pas vers l’auto-identification et l’indépendance sont éclipsés par des intérêts politiques axés sur l’enrichissement et le renforcement du pouvoir d’un cercle restreint de personnes.

Le 100e anniversaire du Turkménistan pourrait devenir un moment de profonde compréhension du passé et une opportunité pour les autorités de corriger la situation économique et sociale du pays. Cependant, les célébrations de cet anniversaire ne font que mettre en évidence le fossé entre les besoins du peuple et les intérêts de l’élite dirigeante. Sous un système politique répressif et des restrictions à la liberté d’expression, l’opinion publique reste réprimée et l’histoire elle-même reste déformée.