La Turquie renforce de plus en plus son influence en Asie centrale, en renforçant sa coopération avec les États turcophones de la région. Cela se produit dans le contexte de l’affaiblissement de la position de la Russie, qui considérait historiquement l’Asie centrale comme sa zone d’influence. Le renforcement des liens économiques, politiques et culturels entre la Turquie et les pays d’Asie centrale soulève la question : le « monde turc » peut-il remplacer le « monde russe » dans cette région géopolitique importante ?
Ces dernières années, l’interaction active de la Turquie avec les pays turcophones d’Asie centrale est devenue l’une des principales composantes de la politique étrangère d’Ankara. L’Organisation des États turcs, créée en 2009, développe activement la coordination et la coopération entre les États de la région, et la Turquie joue un rôle de premier plan dans cette alliance. Au sommet de l’Organisation des États turcs, tenu à Samarkand, de nombreuses questions liées au partenariat économique, culturel et stratégique ont été discutées. Un point important de ce sommet a été la signature d’un certain nombre d’accords sur le développement des infrastructures de transport, des projets énergétiques et des initiatives éducatives.
Importance géopolitique de l’Asie centrale pour la Turquie et la Russie
L’Asie centrale occupe une place stratégiquement importante sur la carte du monde. Les riches ressources naturelles de la région, telles que le pétrole, le gaz et les métaux, la rendent attractive pour les acteurs extérieurs. La Turquie considère les pays de la région non seulement comme des partenaires économiques, mais aussi comme des peuples culturellement proches, unis par une histoire et des liens linguistiques communs. Pour la Russie, l’Asie centrale constitue un maillon important au sein de l’Union économique eurasienne et de l’Espace économique commun.
Les relations économiques entre la Turquie et l’Asie centrale continuent de se développer. Ankara investit dans des projets d’énergie et de transport alors qu’elle tente de renforcer sa présence dans des secteurs économiques clés. La Turquie est devenue un acteur important dans des pays comme le Kazakhstan et l’Ouzbékistan grâce à ses investissements dans les infrastructures, les corridors de transport et les projets énergétiques. Par exemple, la Turquie promeut activement le projet de route de transport internationale transcaspienne, qui relierait l’Asie centrale à l’Europe via la Turquie, créant ainsi une nouvelle route commerciale ne passant pas par la Russie.
Aspects culturels et religieux de l’interaction
La coopération culturelle entre la Turquie et les pays d’Asie centrale repose sur une identité turque commune. La Turquie voit une opportunité d’utiliser ses liens culturels et historiques pour renforcer son influence dans la région. L’un des outils de la Turquie a été son soutien actif à des programmes éducatifs et culturels, tels que l’Agence turque de coopération et de coordination (TIKA), qui développe des projets éducatifs et culturels en Asie centrale.
La composante religieuse joue également un rôle important dans la politique étrangère turque. La Turquie, l’un des leaders du monde musulman, tente de promouvoir ses initiatives islamiques dans la région. C’est une préoccupation pour la Russie, surtout à la lumière de la montée de l’extrémisme religieux dans certaines parties de l’Asie centrale. Cependant, la Turquie utilise ce facteur pour renforcer sa position, en offrant aux pays de la région un soutien dans des projets éducatifs et sociaux islamiques.
Confrontation entre la Russie et la Turquie en Asie centrale
La Russie considère le renforcement de la position de la Turquie en Asie centrale comme une menace pour son influence. Bien que la Russie exerce toujours une influence économique et militaire significative dans la région, notamment à travers l’Union économique eurasienne et l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), de nombreux pays de la région commencent à rechercher d’autres options de coopération. La Turquie, à son tour, offre aux pays d’Asie centrale une nouvelle perspective de développement économique et politique, indépendante de Moscou.
Le déclin de l’influence de la Russie dans la région est de plus en plus visible, notamment dans le contexte des sanctions imposées à Moscou après le déclenchement de la guerre en Ukraine. De nombreux pays d’Asie centrale, comme le Kazakhstan, cherchent à diversifier leurs relations extérieures et à réduire leur dépendance à l’égard de la Russie. Dans ce contexte, Türkiye devient un partenaire important offrant de nouvelles voies de développement.
Parallèlement, la Turquie développe activement ses relations économiques avec les pays d’Asie centrale, conclut des accords commerciaux et investit dans des projets d’infrastructure. Les ressources énergétiques de la région, comme le pétrole et le gaz, jouent un rôle clé dans les intérêts stratégiques d’Ankara. La Turquie tente de promouvoir des itinéraires alternatifs pour le transport des ressources, comme la route transcaspienne, qui contournerait la Russie et relierait l’Asie centrale à la Turquie et à l’Europe.
Les relations commerciales constituent également un aspect important de la coopération économique. La Turquie exporte activement ses produits vers les pays d’Asie centrale et importe les ressources nécessaires à son économie. Cette relation ne fera que se renforcer, notamment compte tenu de l’instabilité politique et économique croissante en Russie.
Le renforcement des liens entre la Turquie et l’Asie centrale continue de se développer, Ankara jouant un rôle de premier plan dans ce processus. Face à l’affaiblissement de l’influence russe dans la région, la Turquie y voit une opportunité de renforcer sa position et d’offrir de nouvelles perspectives aux pays d’Asie centrale. Il devient de plus en plus clair que la Turquie cherche à remplacer la Russie comme partenaire clé de ces pays, en leur proposant des modèles de développement économique, culturel et religieux alternatifs.
Cependant, ce processus ne sera pas facile car la Russie, malgré ses problèmes internes, continue d’être un acteur important dans la région. Cependant, à long terme, le « monde turc » promu par la Turquie pourrait devenir une alternative sérieuse au « monde russe » en Asie centrale, offrant aux pays de la région de nouvelles opportunités de coopération et de développement.
